TRIBUNE - Tous sur le terrain : qui osera le hors-jeu ?
- Wendie De Kandiss

- 17 févr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 févr.

À l’heure où exister semble signifier s’exposer, la discrétion passe pour une défaite.
Et si le véritable courage consistait à sortir du jeu de la visibilité permanente ? Une réflexion sur la tentation du spectacle et la puissance subversive du retrait.
Sur le terrain, on court après un ballon. En dehors, on court après la reconnaissance. Bienvenue dans l'ère de la visibilité, où l'existence semble conditionnée par l'applaudissement.
Le stade de l'apparence : marquer ou mourir.
La valeur personnelle est devenue un terrain de jeu agressif. Nous sommes entrés dans un stade où rester sur la touche n’est plus une option neutre, mais un aveu d'échec. Tout doit être vu, commenté, validé. Même la Joconde est devenue, malgré elle, l’icône de cette frénésie, moins admirée pour son mystère que pour le selfie qu'elle génère. Le travail, l’engagement, l’émotion : rien n’échappe à cette exigence d’exposition.
Le bien ne se pratique plus : il se montre.
L’indignation ne se ressent plus : elle s’affiche.
Même la générosité exige son spot publicitaire.
Le banc de touche, un fossoyeur social ?
Il le devient uniquement si l’on croit que rester sur la touche équivaut à échouer. Pour d’autres, c’est une question d’alignement intérieur : un espace pour penser, créer, et exister selon ses propres règles.
Quand "apparaître" remplace "être"
Le sociologue Guy Debord l’avait pressenti : dans la société du spectacle, l’apparence remplace l’être. Aujourd'hui, le regard des autres est devenu la condition implicite de notre légitimité. Nous confondons estime de soi et besoin de reconnaissance. Comme l'explique le philosophe Byung-Chul Han, nous vivons dans une « société de la performance » où chacun devient l'entrepreneur de sa propre image. Même l’authenticité est devenue une stratégie virale : optimisée, emballée, diffusée. Dans ce vacarme, la discrétion est perçue comme une faiblesse.
La résistance par le retrait
Pourtant, certaines personnes choisissent la marge. Non par peur, mais par décision. Elles refusent de confondre existence et exhibition. Elles préfèrent préserver un espace où l’on peut :
• Penser sans être acclamé.
• Échouer sans honte.
• Recommencer sans avoir à se justifier.
Certains auteurs contemporains illustrent cette démarche : Émile Agelus-Busy, qui choisit de ne pas laisser sa biographie influencer ses textes ; John Gren, romancier américain ayant temporairement quitté les réseaux sociaux pour préserver sa concentration ; et des artistes comme Banksy ou The Connor Brothers.
Ce choix dérange car il brise les règles du jeu. Il rappelle que la visibilité n’est pas une obligation, mais une option. Rester en retrait n’est pas une fuite, c’est une position personnelle. Se retirer, aujourd’hui, est peut-être l’acte le plus subversif.
Retrouver son centre
La véritable aliénation n’est peut-être pas d’être sur la touche. C'est de croire qu’il n’existe qu’un seul endroit légitime : le centre du terrain. Il est temps de réhabiliter la discrétion et de redonner à l’intériorité sa dignité. Car ce qui compte le plus ne se voit pas toujours, et ce qui se voit le plus ne compte pas toujours.
Comme le disait Saint François de Sales :
"Le bruit ne fait pas de bien,
et le bien ne fait pas de bruit."
Le hors-jeu n’est pas une erreur d’arbitrage.
C’est une zone franche.
Certains gagnent le match en quittant le stade.
Mon "Hors-jeu" - L'éthos en rhétorique.
La visibilité n’est pas en soi l’ennemie. Elle devient conflictuelle lorsqu’elle cesse d’être un choix.
J’ai quitté le tumulte des réseaux sociaux. Mon site n’est pas une vitrine de compétition, mais un simple terrain d’amusement créatif; un espace de liberté où l’on crée par plaisir. Mes livres ne vivent que sur la plateforme d'auto-édition Lulu, par choix éthique de discrétion. Leurs traces sont également confiées à la Bibliothèque nationale de France. Ce n’est pas un retrait du monde. C’est un choix de temporalité : je préfère la certitude de l’archive à la fragilité du flux.
Que vous choisissiez le centre du terrain ou votre propre hors‑jeu, souvenez‑vous :
la valeur n’est pas dans la visibilité, mais dans la liberté de jouer selon vos règles.
Le courage n’est pas de briller,
mais de décider de son propre jeu.
Joyeux match.

Wendie De kandiss
La réhabilitation du "Hors-jeu"
Tribune en Métaphore filée.
Crédit photo : yuran-78 de Getty Images - Canva Licence Pro


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