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TRIBUNE - Littérature : de la « hache » de Kafka à la chaussette jetable

Dernière mise à jour : 17 févr.


Parce que le livre n'est plus traité comme un témoignage mais comme une unité de stock, et que l'État s'apprête à couper les budgets de la lecture en 2026, il est temps de revendiquer l’écriture comme un acte de sabotage.


Depuis que l’humain écrit, ce n’est pas pour vendre, mais pour témoigner. De Lascaux aux manuscrits clandestins, on écrit pour ne pas disparaître, pour transmettre le feu, pour hurler des vérités que le monde refuse d’entendre. Un acte de liberté pure, souvent né dans la précarité, mais toujours souverain.



L'ère du "contenu" interchangeable


Aujourd’hui, le paradigme a basculé. Le livre n’est plus un objet sacré : c’est une unité de stock. On ne parle plus de lecteurs, mais de « cibles ». On ne parle plus d’œuvres, mais de « contenus ».


Le livre est devenu une chaussette : jetable, interchangeable, condamné à disparaître si un algorithme ou une pile à l’entrée du magasin ne le propulse pas. Trois mois de vie en rayon. Puis le pilon.


Bienvenue dans la culture de l’éphémère appliquée à ce qui devrait être éternel.



La démission de l'État et la trahison du milieu


Le désengagement de l’État n’arrange rien. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une réduction significative des crédits destinés à la lecture et à la démocratisation culturelle. La culture cesse d’être un service public : elle devient un investissement qui doit rapporter.


Mais l’État ne fait que prolonger une logique déjà actée par le milieu lui-même : celle qui privilégie le « coup marketing » à la profondeur, et traite le livre comme une simple marchandise. On ne peut décemment se plaindre de recevoir la pierre que l’on a soi-même lancée.



« La littérature n’est pas un business.

C’est une effraction mentale. »



La monnaie est lancée :


Côté face : le business éditorial.

Un milieu élitiste et hermétique, réservé aux personnalités publiques ou aux profils déjà bankables. Le marché est verrouillé : quelques grandes maisons captent l’essentiel des ventes et de la visibilité. Avec près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, leur entrée au CAC 40 relèverait presque de la logique économique. Dans l’angle mort, des milliers de petites structures survivent tant bien que mal, prises entre passion et précarité. Pendant ce temps, les maisons à compte d’auteur vendent l’accès à la publication à prix d’or, exploitant l’espoir plutôt que le texte.



Côté pile, l’auteur VRP :

L’auto-édition est vendue comme une libération, mais elle enferme l’auteur dans une nouvelle servitude : métriques, followers, branding. On ne cherche plus le mot juste, on cherche le « reach ». Derrière la promesse d’indépendance se cache un nouveau carcan où l'écrivain devient l'esclave de sa propre image.



Acte de sabotage :


Le danger n’est pas que la littérature disparaisse, mais qu’elle devienne inoffensive, polie par les algorithmes pour plaire au plus grand nombre. Elle doit pourtant déranger, ralentir le temps, résister au flux ininterrompu d’images et de slogans. Nous n'avons jamais eu autant d'outils pour communiquer, mais il n'a jamais été aussi difficile de se faire entendre sans devenir un produit soi-même.



Écrire de travers est aujourd'hui un acte de résistance. Pas pour un chiffre, pas pour une courbe, mais pour la nécessité de dire le monde tel qu’il est, et non tel qu’on veut nous le vendre. Écrire à l'envers, c’est refuser l’optimisation quand elle contredit le vrai.


Comme disait Kafka : « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous ».



Prenez vos stylos comme on brandit une hache.

Sans quoi, la Bibliothèque nationale n’aura bientôt plus que des followers à archiver, des chaussettes à sécher et Kafka à décongeler.





Cette tribune est née d’un paradoxe. Lundi, on me refuse l’adhésion à une association au motif que l’auto-édition ne produirait pas de « vrais » contrats. Mercredi, cette même structure m’adresse un SOS pour que je me rallie à sa cause afin de sauver les aides de l’État avec, en signature de mail, la mention « service d’utilité publique.»


On ne me veut pas à table,

mais on me demande de faire la vaisselle pour sauver la cuisine.

 


Bisous bisous.

Sauve qui peut. ❤️



Wendie De Kandiss

La "Chaussettisation" de l'esprit.

Architecte littéraire polyscope

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