TRIBUNE - Penser sans conclure.
- Wendie De Kandiss

- 1 févr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 févr.

Je ne peux pas ignorer les débats. On nous somme de choisir notre camp : pour ou contre l'IA ? Mon avis est nuancé, dans un monde qui proclame les certitudes comme valeur absolue. Voici ma réflexion : un essai sans conclusion.
Depuis que le monde est monde, l’être humain nourrit une méfiance instinctive envers la nouveauté.
Chaque grande avancée technologique, du train à vapeur aux usines en passant par les bouleversements sociaux, a suscité la peur. Cette crainte n’est pas irrationnelle : elle naît du fait que la nouveauté échappe aux cadres connus, aux critères établis. Ce qui n’existe pas encore ne peut être mesuré, donc ne peut être maîtrisé.
Aujourd’hui, cette peur s’inscrit dans un contexte inédit :
celui d’une société profondément déshumanisée.
Plus personne n’écoute réellement l’autre. La majorité d’entre nous passe plusieurs heures par jour assise face à un écran, privée de mouvement, de regard et de contact. Le peu de temps libre dont nous disposons est aussitôt absorbé par d’autres écrans : réseaux sociaux, flux d’informations continus, notifications permanentes. Nous ne vivons plus le réel, nous le consommons.
L’échange devient virtuel, fragmenté, superficiel. Cette situation est profondément triste, presque tragique, car elle conduit à une solitude collective. Les individus sont connectés en permanence, mais incapables de se rencontrer véritablement.
Si l’homme moderne se tourne vers l’IA, ce n’est pas par paresse ou par fascination technologique, mais par solitude. Un être plongé dans l’obscurité cherche instinctivement de la lumière.
Dans ce contexte, l’apparition d’un robot logique,
constant et sans jugement n’a rien d’étonnant.
L’IA ne surgit pas par hasard : elle répond à un vide. Dans un monde où chaque parole est interprétée comme une agression, où la moindre tentative d’expression émotionnelle est médicalisée, l’IA apparaît comme une oreille neutre, disponible, rassurante. Elle n’interrompt pas, ne juge pas, ne se fatigue pas.
Paradoxalement, plus notre société se veut rationnelle,
plus elle s’éloigne de l’humain.
Nous avons détourné des outils pour mesurer notre ego : l’intelligence (QI), la beauté (nombre d’or), même les émotions (tests cognitifs)… comme si l’humain pouvait se réduire à des chiffres. Nous sommes devenus, malgré nous, de véritables variables de rentabilité, obsédés par notre propre ROI (Return On Investment).
Cette logique de calcul a préparé le terrain à l’IA, car elle repose sur la même illusion :
croire qu’on peut tout comprendre simplement en mesurant.
Pour l’instant, il est bien trop tôt pour dire si l’IA est bénéfique ou dangereuse.
L’histoire nous enseigne que l’impact réel d’une innovation ne se révèle qu’avec le temps. La cigarette en est un exemple frappant : jadis encensée et même distribuée par l’État, elle est aujourd’hui reconnue comme mortelle. "FUMER TUE". L’électricité offre un autre exemple saisissant. Autrefois redoutée dans les campagnes, perçue comme de la sorcellerie, elle est aujourd’hui devenue indispensable à nos vies.
Ces retournements ne sont pas des paradoxes, mais la conséquence d’un manque de recul initial.
On ne peut juger une nouveauté qu’avec l’épreuve du temps.
Seul l’avenir pourra trancher :
l’IA sera-t-elle une avancée majeure pour l’humanité,
ou le symptôme ultime de son isolement ?
Peut-être verra-t-on apparaître un nouveau slogan, aussi brutal que trompeur :
« L’IA peut nuire à votre santé mentale. Usage recommandé : de 8h30 à 17h30. »
Ma conclusion est simple : je n’ai pas d’avis.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est encore trop tôt pour juger l’IA. Refuser de trancher aujourd’hui n’est pas fuir le débat : c’est reconnaître que certaines révolutions ne peuvent être comprises qu’avec le recul nécessaire. L’histoire montre que l’enthousiasme comme la peur précipitent souvent des jugements hâtifs. Mon absence d’avis est donc le fruit d’une prudence éclairée par l’expérience.
Chaque invention répond toujours à un besoin préexistant ;
sans ce besoin, aucune innovation ne trouve d'utilisateur.

Parfois, essayer de penser
vaut déjà plus que prétendre savoir.
"La conclusion est une cage,
le doute un espace respirable."
Je vous invite à HURLER et à continuer d'ÉCRIRE de travers...
...car aussi tordu que cela puisse être : c'est notre droit de rester indécis.
Et je termine sur un "bisous bisous aimez-vous". Une signature grotesque et burlesque à la Wendie. ❤️
Wendie De Kandiss
Le luxe de l'incertitude.
Crédit photo : patiencepending de pixabay - Canva Licence Pro



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