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Hortensias

[Héritage familial]

Nouvelle écrite par Elle.

Un temps où chaque mot, chaque phrase,
était cherché et placé comme un trésor.

Cette nouvelle précède l’ère d’Internet, lorsque les mots se donnaient sans écrans, sans traces numériques. Une mère l’a confiée à sa fille, alors adolescente, comme un héritage sensible. Elle écrivait. Elle transmettait. J’ai appris à écrire auprès d’Elle, à chercher des synonymes dans le dictionnaire, à écouter le rythme d’une phrase dite à voix haute. Sans le savoir, Elle m’a offert ces mots.

Hortensias

Rêve éveillé.

À la façon des saisons, sentir tous les frissons du printemps naissant. Vibrant sous ton regard, comme une rose jaune timidement dentelée de rose pâle. Je déposerai chaque matin une perle de rosée au creux de tes mains.

Une nouvelle fleur, une nouvelle couleur, une nouvelle odeur, cajoleront chacun de nos éveils. Nous inventerons, tous les matins, toutes les nuits, un nouveau mot pour décrire le printemps de nos sentiments. Nous prendrons un plaisir fou à inventer de nouvelles teintes pour colorer nos draps. De l’amour plein les mains, comme la gorge des oiseaux qui chantent leurs amours sur les branches d’un cerisier en fleur.

Je rêve que ton amour ressemble au soleil, qui parfois s’absente l’été. Les jours d’orage, tu seras paratonnerre. Tu t’ouvriras en un parapluie immense pour couvrir de tendresse, moi, je te recevrai donnant un sens à toute cette pluie. Tu seras mon soleil. Mon soleil. Tu résisteras aux rafales du vent, à la pluie du temps. Nous déposerons des milliers d’étoiles sur notre oreiller, nos nuits scintilleront. Nos regards ainsi éclairés guideront nos mains.

Tu glisseras dans mes rêves, tu te faufileras dans mon sommeil, si fort que toutes les portes de nos désirs s’ouvriront.

 

La Terre perdra alors l’équilibre, elle tournera dans l’autre sens en criant des paroles de rire et d’amours en plein été. Toutes les chansons d’amours me colleront à la peau, m’habilleront d’un voile de satin. Je sentirai tes mots qui me feront ruisseler de bonheur.

Par ton amour je découvrirai l’automne. Je deviendrai feuille verte, jaune, rouge, me balançant au rythme de tes caresses. Je serai forte de ton amour. De roche dure je deviendrai sable fin. Au souffle puissant de tes baisers je m’envolerai à travers les draps de nos nuits et je deviendrai plage de dune, au clair de lune.


Sous ta langue, je serai une mûre et je deviendrai gonflée de sucre, fondante de passion avec une multitude de graines d’émotions éclatées dans le moi le plus doux, le plus humide. Mon ventre ne sera plus qu’une coque aux contours protégés par un tapis de coton chaud. Pendant l’hiver une graine s’y posera, germera, poussera. Elle se nourrira de nos câlins, nos mots d’amours seront un puits d’eau fraîche jamais gelée.

 

Au printemps suivant nous bercerons le fruit de notre amour. L’hiver deviendra la couette de plume épaisse et résistante, celle qui s’allonge sur notre lit. L’hiver ne sera jamais silencieux. Il jouera nuit et jour Les Quatre Saisons de Vivaldi. Jours et nuits. Tu deviendras feu dans la cheminée, jamais éteint, jamais en panne de bûches. Tes flammes danseront, tes flammes me chaufferont. Je n’aurai plus jamais froid.

 

L’hiver ne sera plus l’hiver.

Il deviendra printemps.

Printemps deviendra été.

Été, automne.

Nouvelle écrite par Elle, pour Lui.

Nouvelle de 1999.

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